La junte militaire qui a pris le pouvoir au Mali renonce Ă  une prĂ©rogative majeure dĂ©volue Ă  leur chef dans la transition censĂ©e ramener les civils Ă  la tĂȘte du pays. Cela pourrait provoquer une levĂ©e des sanctions de la CommunautĂ© des États d’Afrique de l’Ouest.
Les colonels qui ont pris le pouvoir en aoĂ»t au Mali ont supprimĂ© jeudi 1er octobre un obstacle de taille Ă  la levĂ©e des sanctions ouest-africaines en renonçant Ă  une prĂ©rogative majeure dĂ©volue Ă  leur chef dans la transition censĂ©e ramener les civils Ă  la tĂȘte du pays.
Les militaires qui ont renversĂ© le prĂ©sident Ibrahim Boubacar KeĂŻta le 18 aoĂ»t ont renoncĂ© Ă  ce que le colonel Assimi GoĂŻta, investi vice-prĂ©sident transitoire vendredi, puisse remplacer le prĂ©sident dans la transition qui vient de s’ouvrir en cas d’empĂȘchement de ce dernier, selon un document officiel publiĂ© jeudi.
La junte accĂšde lĂ  Ă  une exigence primordiale de la CommunautĂ© des États d’Afrique de l’Ouest (CĂ©dĂ©ao) pour lever les sanctions imposĂ©es au Mali le 20 aoĂ»t, au premier rang desquelles un embargo commercial et financier.
Marasme Ă©conomique
Le reprĂ©sentant de la CĂ©dĂ©ao au Mali, Hamidou Boly, a indiquĂ© peu avant l’officialisation de cette concession que les sanctions pourraient ĂȘtre levĂ©es rapidement, parce qu’il y a eu des actions majeures de la junte en direction de la CĂ©dĂ©ao.
Peut-ĂȘtre que dans les heures ou les jours Ă  venir, dĂšs que la charte est publiĂ©e, nous allons lever les sanctions, a-t-il dit Ă  la radio de l’ONU au Mali, Mikado FM.
La junte s’inquiĂšte de l’effet des sanctions sur un pays en proie Ă  un profond marasme Ă©conomique, en plus de la crise sĂ©curitaire et politique qui fait craindre pour la stabilitĂ© du pays et, au-delĂ , du Sahel.
Les militaires dont le putsch a parachevĂ© des mois de contestation politique alimentĂ©e par l’exaspĂ©ration des Maliens se sont engagĂ©s Ă  rendre le pouvoir aux civils Ă  l’issue d’une pĂ©riode transitoire de 18 mois.
« Redressement de l’État »
Ils ont élaboré une charte, document fondamental qui organise la transition et qui complÚte la Constitution existante, sur laquelle elle prévaut en cas de contradiction.
Aucune version finale de cette charte n’avait Ă©tĂ© publiĂ©e avant jeudi, bien qu’elle ait servi vendredi Ă  fonder l’investiture du prĂ©sident, Bah Ndaw, et du vice-prĂ©sident de transition, le colonel GoĂŻta.
Au moins une version officieuse que l’AFP a consultĂ©e disposait que le vice-prĂ©sident remplaçait le prĂ©sident en cas d’empĂȘchement de ce dernier.
Cette disposition alarmait la CĂ©dĂ©ao, inquiĂšte que la junte ne s’en serve pour refaire main basse sur une transition dans laquelle elle joue dĂ©jĂ  un rĂŽle prĂ©Ă©minent. Elle en exigeait la suppression et rĂ©clamait la publication de la charte. Celle-ci a Ă©tĂ© publiĂ©e jeudi au Journal officiel.
Le vice-prĂ©sident est chargĂ© des questions de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ©, dit son article 7, sans mention d’une prĂ©rogative de remplacement du prĂ©sident.
La charte assigne pour objectifs Ă  la transition le rĂ©tablissement de la sĂ©curitĂ© sur tout le territoire, dont les deux tiers Ă©chappent au contrĂŽle du pouvoir central, le redressement de l’État et l’organisation d’élections gĂ©nĂ©rales.
Immunité pour les putschistes
La durée de la transition est fixée à 18 mois, selon le texte, qui dispose que le président et le vice-président ne seront pas éligibles à la présidentielle et aux législatives à la fin de la transition.
La charte prĂ©voit la crĂ©ation d’un organe lĂ©gislatif de 121 membres.
Elle stipule que les putschistes du 18 aoĂ»t bĂ©nĂ©ficient de l’immunitĂ© et ne peuvent ĂȘtre arrĂȘtĂ©s pour leur implication dans ces Ă©vĂ©nements.
Avec un colonel-major à la retraite au poste de président de transition, le chef de la junte à celui de vice-président, un certain nombre de militaires attendus à des postes clés au sein du gouvernement en gestation et des représentants dans le futur organe législatif, la junte conserve une emprise considérable sur la transition.
Cela n’est pas nĂ©cessairement vu d’un mauvais oeil par les Maliens. Ils ont accueilli le putsch plutĂŽt favorablement et une partie invoquent le temps et l’autoritĂ© nĂ©cessaires pour crĂ©er les conditions d’un redressement dans un pays au bord du gouffre.
La CĂ©dĂ©ao, elle, s’inquiĂšte d’une instabilitĂ© encore accrue dans un Sahel dĂ©jĂ  gagnĂ© par la propagation jihadiste et du mauvais exemple rĂ©gional donnĂ© par une junte installĂ©e au pouvoir.
Toutes les conditions de la CĂ©dĂ©ao ne sont pas encore satisfaites. Elle a aussi rĂ©clamĂ© la dissolution de la junte et la libĂ©ration des personnalitĂ©s civiles et militaires arrĂȘtĂ©es lors du putsch et toujours dĂ©tenues.  

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