L’ONU passe la Turquie au crible des droits de l’homme

0
119 vues

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU doit examiner ce mardi à Genève le cas de la Turquie dans le cadre de son Examen périodique universel. À en croire les autorités d’Ankara, les droits de l’homme ne se seraient jamais portés aussi bien, et le pays pourrait même servir de « modèle » à l’Occident. Mais la réalité est tout autre.PUBLICITÉ

Avec notre correspondante à Istanbul,Anne Andlauer

La dernière fois que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU s’était intéressé de près à ce qui se passe en Turquie, c’était en 2015. À l’époque, la situation n’était pas brillante, mais sans commune mesure avec la dégradation des dernières années, constate Öztürk Türkdogan, co-président de l’Association des droits de l’homme à Ankara. « Nous sommes dans une Turquie totalement différente. Depuis un changement constitutionnel en 2017, nous subissons le régime autoritaire d’un seul homme, explique-t-il. Conséquence la plus directe pour les droits de l’homme : la mise sous tutelle de la justice, qui a remis en question le droit à un procès équitable. »

30 000 personnes emprisonnées depuis le coup d’État

Ces cinq dernières années ont aussi vu le retour de la guerre avec les combattants kurdes du PKK après l’échec de pourparlers de paix, l’extension des combats en Syrie voisine et bien sûr, à l’été 2016, une tentative de coup d’État. Celle-ci a entraîné la garde à vue de plus de 500 000 personnes, l’emprisonnement de plus de 30 000 d’entre elles et le limogeage de quelque 130 000 fonctionnaires. « La tentative de coup d’État a été mise en échec, puis le pouvoir a mené un « contre-coup d’État », rappelle-t-il. D’abord grâce à l’état d’urgence, qui a duré deux ans, puis par une sorte d’institutionnalisation de l’état d’urgence. Aujourd’hui, le droit de manifester est régulièrement entravé, comme l’est la liberté d’expression. »

Pendant cette période, les relations avec l’Union européenne se sont nettement détériorées. L’adhésion n’est plus qu’un mirage alors qu’il y a quinze ans encore, les militants des droits de l’homme turcs attendaient beaucoup de ce processus.