Dr. Papa Fara Diallo, politologue : «Un gouvernement assez politique…»

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Le gouvernement composé, dimanche dernier a une connotation politique, d’après le docteur Papa Fara Diallo, enseignant-chercheur en science politique. Il considère que le président Macky Sall a «récompensé» ses alliés les plus fidèles.

Dans un entretien avec «Seneweb», l’enseignant estime que le cumul des fonctions occupées par Mouhamed Boun Abdallah Dionne (Premier ministre et secrétaire général de la Présidence) relève d’une «monstruosité juridique».  

Quelle lecture faites-vous sur le nouvel attelage gouvernemental ?

C’est un gouvernement assez politique, dans une première lecture, resserré autour des responsables du parti (Apr) qui ont obtenu de bons résultats lors de la présidentielle et des alliés les plus fidèles et les plus significatifs (Ps, Afp). Dans une seconde lecture, on pourrait inférer que le nouvel attelage gouvernemental reflète deux logiques.

Lesquelles ?

La première logique est pragmatiste : le président a choisi les hommes et les femmes en qui il a confiance et qui seront prêts et prompts à «faire le job» pour lui sans aucune réserve.

La seconde est politicienne : il s’agissait, pour le chef de l’Etat, d’une part, de donner un signal fort à ceux qui nourriraient des ambitions en perspective de 2024 et, d’autre part, de préparer les élections locales de décembre et les législatives qui suivront, en incitant ceux qui ont été desservis dans ce gouvernement à se surpasser pour espérer être servis lors d’un éventuel remaniement ministériel.

Mais cette logique ne peut opérer que si ces responsables déchus ne cherchent pas des stratégies alternatives de positionnement, sachant que c’est probablement le dernier mandat du président Sall. Cette hypothèse n’est pas à exclure.

Que vous inspire la suppression du poste de Premier ministre ?

Cette décision, à mon avis, ne s’imposait pas, ni dans l’immédiat (rien dans le contexte actuel ne justifie un changement de régime politique, parce que c’est de cela qu’il s’agit avec la suppression du poste de Premier ministre) ni dans le moyen terme. C’est le président de la République et ses conseillers juridiques qui nous ont vendu urbi et orbi l’idée selon laquelle les réformes de 2016 étaient des «réformes consolidantes record», avec d’ailleurs pas moins de quatre clauses d’éternité. Alors pourquoi vouloir aujourd’hui renforcer les prérogatives d’un président déjà «omni-président», «clé de voûte des institutions» ?

Depuis la crise institutionnelle du 17 décembre 1962, nous vivons (de facto) dans un régime présidentialiste fort.

De Senghor à Sall, en passant par Diouf et Wade, les stratégies de construction hégémonique au sommet de l’Etat demeurent une constante. Le président actuel avait la possibilité inouïe d’assouplir ce présidentialisme fort, lors du référendum de 2016. Mais il n’a rien fait pour diminuer les prérogatives exorbitantes du chef de l’Etat, pour rééquilibrer les pouvoirs publics. Au contraire !

Alors, rien dans le contexte actuel ne justifie cette boulimie réformiste. Si réforme il devait y avoir, ce devrait être dans l’autre sens, c’est-à-dire dans le sens de mieux rationnaliser la fonction présidentielle en corrigeant l’hypertrophie de ses prérogatives.

Par ailleurs, en attendant que cette surprenante réforme passe au Parlement et entre en vigueur, nous vivons une sorte de monstruosité juridique inédite.  

Pourquoi «monstruosité juridique» ?

Oui, monstruosité juridique parce qu’un fonctionnaire est écartelé entre deux institutions distinctes de la République (le Gouvernement et la Présidence).

C’est inédit dans notre histoire politique qu’un Premier ministre (chef du gouvernement) soit en même temps secrétaire général de la Présidence. En 1983, Niasse cumulait les fonctions de Premier ministre et de ministre des Affaires étrangères.

Ce qui est très courant même dans les démocraties dites avancées, car le cumul se fait dans une même institution : le gouvernement.  

50 % des membres du gouvernement sont nouveaux.

Comment analysez-vous cela ?

La volonté de renouveau et de resserrement du gouvernement pour plus d’efficacité dans la mise en œuvre des politiques publiques semble être une réalité. Mais, le discours qui accompagne et légitime cette volonté n’est pas nouveau. Alors on attend de voir ce que cela va donner d’ici quelques mois.

Pourrait-on dire que les nouveaux alliés ont été zappés ? 

  Le président Sall était clairement dans une logique de fragilisation de l’opposition pour s’assurer un second mandat. Il a encouragé les potentiels transhumants à s’allier avec lui pour gagner la présidentielle de 2019.

Mais il semblerait qu’à ceux-là (les alliés de la 25e heure) il ne leur a pas promis son fameux slogan très opératoire du reste, lors de la présidentielle de 2012 à savoir «Gagner ensemble, gouverner ensemble». Durant le premier mandat, beaucoup de partisans de la première heure du président Macky Sall étaient frustrés du fait que ce dernier semblait vouloir à tout prix préserver et pérenniser la coalition Benno Bokk Yaakaar.

Ce second mandat obtenu est l’occasion de «récompenser» les plus fidèles. Ces calculs politiciens se font souvent au détriment de l’intérêt général, mais c’est une réalité politique indéniable dans notre pays.

Comment appréciez-vous ce changement dans le sous-secteur de l’enseignement supérieur ?

  C’est un changement pour le moins surprenant. Mais on ne saurait présager des compétences, des succès ou insuccès d’un ministre dans un département sans le voir d’abord à l’œuvre. Là aussi, on attend de voir ce que cela va donner d’ici quelques mois