Au Canada, Justin Trudeau vit une crise politique sans précédent

0
87 views
Canadian Prime Minister Justin Trudeau looks on during an interview at the Canadian Embassy in Paris on November 12, 2018. - Canadian Prime Minister Justin Trudeau said on November 12, 2018 that his government was holding talks with Pakistan over potentially offering asylum to Asia Bibi, a Christian woman recently freed from prison after her blasphemy conviction was overturned. "We are in discussions with the Pakistani government," Trudeau said in an interview with AFP in Paris, where he was attending a peace conference organised by French President Emmanuel Macron. (Photo by AFP)

En trois semaines, deux ministres ont démissionné après des accusations d’ingérence contre le premier ministre dans une procédure judiciaire.

C’est une crise politique sans précédent qui secoue le premier ministre canadien, Justin Trudeau. En trois semaines, trois personnalités du gouvernement libéral ont démissionné, dans la foulée d’accusations d’ingérence du premier ministre et de son entourage dans une procédure judiciaire.

Le scandale a commencé le 12 février, avec la démission surprise de la ministre de la justice, Jody Wilson-Raybould. Elle expliquait avoir subi des « pressions » inappropriées du premier ministre et de son entourage pour qu’elle tente d’éviter un procès au géant du BTP SNC-Lavalin. Il y aurait notamment des « menaces voilées » pour qu’elle intervienne auprès du bureau des procureurs en faveur de l’entreprise de construction, selon la ministre.

Scandale de pots-de-vin

Le groupe québécois est accusé depuis 2015 de corruption pour avoir versé 48 millions de dollars canadiens de pots-de-vin (32 millions d’euros) à des responsables libyens du temps du dictateur Mouammar Kadhafi, entre 2001 et 2011, pour décrocher d’importants contrats dans ce pays. Un accord hors cour entre la justice et SNC-Lavalin aurait permis à cette société, qui emploie 50 000 personnes dans le monde dont 9 000 au Canada, d’échapper à une condamnation pouvant compromettre son avenir. Mme Wilson-Raybould a finalement refusé d’intervenir et un procès est toujours prévu, à une date encore indéterminée.

Mais la réponse de la part du premier ministre à ce scandale de pression politique peine à convaincre. Quelques jours après la démission de Jody Wilson-Raybould, le principal conseiller de M. Trudeau, Gerald Butts, a démissionné à son tour. Mis directement en cause par l’ancienne ministre de la justice, il doit livrer sa version des faits mercredi devant les députés.

L’ex-ministre de la justice, Jody Wilson-Raybould.
L’ex-ministre de la justice, Jody Wilson-Raybould. LARS HAGBERG / AFP

« Un premier ministre en disgrâce »

Sans attendre ces explications, la ministre du budget, Jane Philpott, a claqué à son tour la porte du gouvernement, lundi 4 mars. « Je me suis penchée sur les événements qui ont secoué le gouvernement fédéral ces dernières semaines et après une sérieuse réflexion, j’en ai conclu que je devais démissionner », a-t-elle expliqué dans une lettre adressée au premier ministre libéral. Elle explique encore n’avoir « plus confiance dans la façon dont le gouvernement a géré cette affaire et dans sa réponse à ces questions ».

Bien que cette décision le « déçoive », Justin Trudeau a dit qu’il la « respect(ait) ». Devant des militants libéraux lundi soir à Toronto, il a assuré « prendre très au sérieux (…) les inquiétudes » suscitées par cette affaire qui, selon lui, va générer « plus de questions et de réponses dans les jours et les semaines à venir ».

Le coup est rude pour M. Trudeau, à moins de sept mois des élections législatives. Les sondages donnent d’ailleurs le Parti libéral en pleine perte de vitesse. Pour la première fois, l’opposition conservatrice est créditée de près de dix points d’avance dans les intentions de vote. Le chef de l’opposition conservatrice, Andrew Scheer, a fustigé lundi « un gouvernement en plein chaos, dirigé par un premier ministre en disgrâce ».