[PORTRAIT] L’histoire de Bachir Kounta

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Guide religieux par sa naissance, ancien porte-parole du Khalife général de Ndiassane, Ahmed Bachir Kounta n’en était pas moins un grand journaliste. À tel point qu’on ne sait par où commencer pour dépeindre celui qui vient de quitter ce bas monde pour le royaume céleste. Tellement la disparition de cet homme transversal, ce jeudi matin à l’hôpital militaire de Ouakam, des suites d’un arrêt cardiaque, aura ému plus d’un Sénégalais.

Religieux

Véritable trait d’union entre les religions et les confréries religieuses (tarikhas) de Touba à Tivaouane, en passant par Thiénaba, Médina Baye, Léona Niassène…, les témoignages sont unanimes.

«Toute sa richesse, c’était l’islam. Il était une beauté interne et externe à la fois. Aussi bien dans son habillement, la correction de la langue, que son comportement de tous les jours. Il était convalescent le 31 décembre dernier, lorsqu’il s’évertuait à traduire en wolof le discours de nouvel an du Président Macky Sall. Serigne Bachir mérite les mêmes honneurs que Bruno Diatta, mais la famille n’est demandeur de rien», confie son neveu Mohamed Kounta, fils aîné du défunt Khalife de Ndiassane, Mame Bouh Kounta.

L’enseignant à la Fastef de rappeller : «De Cheikh Sidy Lamine à Cheikh Al-Bécaye (actuel Khalife de Ndiassane), il a été notre porte-parole permanent.Apprécié par la Umma pour la pertinence de ses interventions, il occupait une position centrale dans la confrérie. Il savait adapter son discours. Épris de justice et de vérité, il avait de la retenue. Très courageux et persévérant dans l’effort, il était aussi un homme de culture. Ce qui l’a, sans doute, hissé au niveau où il était».  

Journaliste

Figure marquante du journalisme sénégalais, un métier qu’il a embrassé en 1957 comme on entre en religion, Bachir Kounta a travaillé pendant une cinquantaine d’années à la Radiotélévision sénégalaise (Rts). Parmi les premiers présentateurs vedette sur le petit écran), il laisse à la postérité l’image d’un professionnel aguerri, doublé d’un pédagogue, qui mettait à profit ses interventions pour disséquer des tares de la société et prodiguer des remèdes.

Présenté comme un modèle qui a inspiré des générations de journalistes, il excellait aussi bien en langue nationale wolof qu’en français. Commentateur attitré des discours officiels et des grands évènements nationaux, Bachir Kounta animait avec la même dextérité des émissions religieuses, faisant valoir sa grande érudition et sa parfaite maîtrise de l’arabe. Ancien reporter sportif, successeur de Alassane Ndiaye Allou, il a guidé les pas d’un certain Abdoulaye Diaw.

D’ailleurs, ce dernier dit garder en mémoire son historique avec Allou, en 1967, lors du match retour Sénégal-Guinée. C’est, sans doute, ce qui avait poussé, l’année dernière, l’Association nationale de la presse sportive(Anps) à le choisir comme parrain de sa soirée de gala.

Républicain

Âgé de 81 ans (il est né le 1 mars 1937 à Saint-Louis), il a servi avec la même loyauté les présidents Léopold Sedar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall. À la retraite depuis près de 20 ans, Ahmed Bachir, qui fut d’abord enseignant avant de titiller le micro, n’a jamais arrêté de travailler. Décrit par ses proches et tous ceux qui l’ont cotôyé comme un «self-made-man», il était un républicain dans l’âme. «Il s’est sacrifié pour la République et pour l’État. Il s’est construit tout seul. Nous sommes tous fiers de lui, toutes générations confondues. Il était très ponctuel et d’une morale professionnelle exemplaire. Les puristes parleraient d’éthique.

Bachir Kounta savait séduire son auditoire et comment traiter l’information pour préserver la paix sociale. Il croyait à la puissance de la radio comme moyen de promotion des institutions et de la République. Seuls le bon fonctionnement et la pérennité de l’État l’intéressaient», témoigne encore son neveu Mohamed Kounta qui lui était très proche. Laissant derrière lui une famille meurtrie, Bachir Kounta sera inhumé, demain, aux côtés de ses illustres aïeuls.