«Prêtre musulman, imam chrétien» : ce film documentaire qui scrute les mille et une vies de l’abbé Jacques Seck

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 Un film documentaire de 52 minutes réalisé par le journaliste Giles Arsène Tchédji, consacré l’abbé Jacques Seck, a été projeté ce samedi, 15 décembre, au complexe cinématographique Semène Ousmane au Magic Land de Dakar, en avant première. De son accès tardif à l’école, puis au séminaire de Sébikotane, de sa vie d’instituteur, de jeune séminariste qui a trouvé sa vocation, à sa grande gaieté, de sa vie sociale empreinte d’ouverture, de générosité et de spontanéité, de la diversité de croyance ambiante au sein de sa famille…, la vie de l’abbé Jacques Seck, cet «apôtre du dialogue islamo-chrétien » a été explorée et scrutée sous toutes les coutures dans ce film.


Intitulé «L’Abbé Jacques Seck, prêtre musulman, imam chrétien», le documentaire a été projeté en présence du personnage en question, de l’archevêque de Dakar, des religieux, de l’ancien ministre et condisciple du prélat, Jean-Paul Dias et de quelques autorités. Le film est portrait presque complet du personnage documenté de photos d’archives exceptionnelles de décennies en arrière. D’ailleurs on y découvre les propres parents de l’abbé Jacques aujourd’hui âgé de 84 ans, encore alerte et très vif.   Des témoignages de premiers plans ont été recueillis auprès des villageois à Palmarin, auprès de ses confrères dans le sacerdoce, notamment Monseigneur Benjamin Ndiaye, de responsables de confréries musulmanes avec lesquelles il entretient des relatons privilégiées, dont certains l’ont honoré de leur présence à cette cérémonie. Des universitaires comme le sociologue Djiby Diakhaté, y ont aussi témoigné de la grandeur et l’humanité de l’homme.

«Prêtre musulman-imam chrétien »

La proximité de l’abbé Jacques Seck avec les dignitaires religieux musulmans et son intégration dans ces communautés sont telle que cet homme de l’église catholique romaine a dans ses poches des photos de marabouts à côté de ses pièces d’identité et de figure de personnages chrétiens.

L’une des choses qui surprend chez ce prélat de grande taille tient noir et le sourire toujours facile, c’est le maniement phénoménal qu’il fait de l’arabe et sa maitrise du coran à tel enseigne que le pape Jean Paul II lui-même s’en était ému lors de sa visite à Dakar en s’exclamant : «C’est un prêtre catholique ça ! » avant de lui serrer chaude poignée de main. Mais en vérité ce prêtre,  piller du dialogue islamo-chrétien au Sénégal, rêvait d’être député comme le président Senghor avant qu’il ne trouve sa vocation : celle de servir Dieu parmi ses frères. L’homme jouit d’une très grande popularité dans la société sénégalaise et à un sens de l’humour déchirant.

Véritable pont entre les communautés religieuses, Jacques Seck est un un homme du peuple, un prêtre du peuple, proche des gens, se mettant à leur niveau avec humilité. Sa vie est si simple comme s’il avait fait vœu de pauvreté.  Le voir tout naturel distribuant des sourires, serrant la main aux gens dans les rues, se préoccupant de l’altérité, on ne peut s’empêcher de penser tout de suite à la vie de mère Teresa de Calcutta, dans les rues des banlieues indiennes, s’oubliant et prenant soin des autres : les plus pauvres, les plus crasseux, les marginalisés dont personne ne veut voir. C’est ainsi que l’on perçoit Jacques Seck à travers le film.

«Un homme au service des hommes »

Pour l’auteur du film, Giles Arsène Tchédji, l’abbé Jacques est «un homme au service des hommes». C’est au détour d’une conférence en 2004 que le journaliste rencontre le prélat qui va le marquer à première vue. Il découvre un homme qui manie l’arabe avec aisance, défend l’islam et évangélise en arabe et illustrant au besoin, son propos de versets coraniques. Après cette première rencontre, les futurs amis fusionnels se reverront encore et encore. Au fil des années Giles et l’abbé Jacques se sont rapprochés et se sont adoptés mutuellement comme père et fils. Le journaliste fréquente le prêtre et se connaissent de mieux en mieux. Ils se sont découverts des atomes crochus. C’est alors que les deux amis discutent de tout sans tabou. Le temps faisant son œuvre, le projet du film naquit chez le journaliste. Il a beaucoup appris à le connaître son père pour ne pas partager son témoignage pour la postérité.  Cela n’a pas été facile Mais l’auteur a bravé toutes les difficultés et les contraintes et est parvenu à réaliser son projet.

Vu leurs relations, Giles Arèsne Tchédji se considère «désormais comme un privilégié parmi les nombreux fils de cœur » du prélat qu’il qualifie de «patrimoine spirituel commentaire, ecclésial, voire universel ». «Son nom et sa vie ne devaient pas tomber dans l’oubli», estime Giles Arsène et c’est justement ce documentaire qui va l’immortaliser à jamais. «C’est le personnage qu’il faut avoir rencontré au moins une fois dans sa vie. Il est un homme multidimensionnel pour les chrétiens, les musulmans, pour le Sénégal, pour l’Afrique et pour le monde», a  encore soutenu le journaliste.

Les gênes de l’œcuménisme

L’abbé Jacques Seck porte les gênes d’un œcuménisme fédérateur et décomplexé.  D’origine animiste, il est très à l’aise dans toute les confréries. L’expression «Prêtre musulman, imam chrétien » forgé par l‘auteur du film lui va bien et est assez illustrative du personnage. En effet,  ce prélat se retrouve par moments à défendre bec et ongle l’islam qui n’est pas sa religion, mais la foi qu’a confessé son père avant sa mort puisque ce dernier avait apostasié de son vivant, passant du catholicisme à l’islam. «Il assume sa défense du coran et de l’islam et toujours prêt à citer dans le sein , en plein homélie, un verset coranique. Quel bel exemple», s’exclame M. Tchédji qui  dit avoir été impressionné par ce «prêtre catholique dans sa soutane blanche au milieu de chefs religieux musulmans, prêt à défendre ses positions, à cracher ses vérités, quitte à déranger notre société, notre Eglise, parfois réservée sur certains sujets».

Les témoignages dans le film font état d’un homme d’une grande humilité, d’une grande disponibilité. Jean Paul Dias à la suite de Diby Diakharé estime que l’Etat du Sénégal devrait décorer l’abbé Jacques Seck, que certaines grandes écoles, de grande avenues, d’autres institutions devraient porter le nom de l’homme. Celui-là même qui fait des va et vient entre les religions dans le pays. C’est à juste titre que l’archevêque dit qu’il est lui seul imam, prêtre et «saltigué».

Aussi, Jean Paul Dias, estime-t-il que l’église devrait même élever l’abbé Jacques Seck  au grade d’«évêque émérite» alors qu’il est en retraite . Pour sûr, ce film documentaire est un bel hommage à lui rendu par son ami et fils adoptif, le journaliste Giles Arsène Tchédji qui le découvre alors qu’il était en poste au journal Le Quotidien. La cérémonie d’ouverture de la projection a été assurée par la chorale Saint Pierre Julien Eymard de la paroisse Saint Joseph de Medina dont «les chants donnent une poésie au film» selon les propos de l’auteur pour avoir chanté une messe célébrée par la star du jour (l’abbé Seck) dans le cadre de la réalisation de ce documentaire.

Noël SAMBOU