L’opposition n’est- elle pas en train de se tirer une balle dans le pied ?

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«De grâce, Mesdames et Messieurs de l’opposition patriotique, regroupez-vous pendant qu’il est encore temps !» 

A la veille de l’élection présidentielle de février 2019, tout se passe comme si nos hommes et femmes politiques n’avaient pas décodé, ni même entendu, le signal d’alarme des citoyens. Ils semblent n’avoir pas perçu que les calculs politiques et l’occupation du terrain, qu’elle soit physique ou médiatique, voire l’accaparement du domaine public, ne suffisaient plus à faire gagner des élections et que, pour emporter l’adhésion des populations aujourd’hui, toute mobilisation politique doit s’adosser sur un programme tangible, orienté, par-delà le simple développement d’infrastructures, vers une pleine satisfaction de la demande sociale et la mise en œuvre de stratégies de développement humain durable.

Au lieu de cela, au niveau du pouvoir actuel, tous les moyens semblent bons pour faire réélire le président sortant – et de préférence au premier tour – tant est vivace le syndrome des élections présidentielles de 2000 et 2012. Cette attitude est sous-tendue par la certitude que la tenue de cette présidentielle en 2019, plutôt qu’en 2017 comme initialement annoncé, serait avantageuse au chef de l’Etat sortant, les soi-disant réalisations de son septennat plaidant en sa faveur. L’agenda politique de la coalition BBY tourne exclusivement autour de cela, avec comme illustration une obsession pour la présentation d’un bilan positif et de preuves de l’appréciation de sa gestion par les partenaires techniques et financiers et/ou les chefferies religieuses et coutumières.

A cela s’ajoutent le débauchage de responsables et membres d’autres partis tentés par la transhumance et la récupération de certains « frères libéraux », tout en consolidant parallèlement quelques alliances fragilisées par les frustrations et/ou velléités de rupture du fait des rivalités et luttes de positionnement, grâce à la multiplication des prébendes et aux promesses de distribution de postes…

Mais, bien que telle semble être la méthode des tenants du pouvoir, leur tentation de réaliser un hold-up électoral n’est pas écartée pour autant, comme souligné par toute l’opposition et une grande frange de la société civile réunies au sein de la Plateforme opérationnelle de surveillance des élections (POSE). A quelques encablures de février 2019, la détermination du président sortant d’obtenir vaille que vaille un second mandat fait ressurgir le spectre d’une fraude électorale, tant sont évidentes les intentions du camp présidentiel d’assurer au forceps sa réélection au 1er tour. C’est que les ruptures annoncées lors de la précédente élection présidentielle n’ont pas eu lieu et que l’on sait que l’on n’est pas à l’abri de surprises, au regard de la profonde déception de la majorité des Sénégalais à l’égard du régime. En l’absence de la « gouvernance sobre et vertueuse » tant attendue et de la mise en œuvre des réformes économiques et sociales promises au peuple sénégalais en 2012 et maintes fois réitérées, un saut qualitatif s’est toujours fait attendre.

Cependant, les différentes composantes de l’opposition sénégalaise ne semblent pas avoir compris, une fois de plus, qu’il ne suffit pas d’assurer la surveillance du processus électoral et qu’il lui faudrait, de surcroît, unir ses forces pour avoir des chances de réaliser « l’alternance-alternative » que la majorité de nos compatriotes appelle de ses vœux. Une pléthore d’acteurs tient à requérir, coûte que coûte, le suffrage de nos compatriotes et le Front de l’opposition en est conduit à parler de « candidature plurielle coordonnée », là où, à l’évidence, une candidature unique, basée sur un accord politique et un programme commun de gouvernance valablement négociés, aurait eu plus de chance de barrer la route à la réélection dès le premier tour du président sortant, en évitant un émiettement des voix découlant d’une atomisation de l’électorat. Comme quoi les ambitions personnelles et le nombrilisme ont la vie dure et l’oubli de soi n’est décidément pas de mise sous nos cieux !…

La focalisation, outre mesure, de bon nombre de nos politiciens sur les conditions d’organisation de la future présidentielle, tout comme leur absence de préoccupation sur le nouveau type d’Etat et les nouvelles modalités de gouvernance souhaités par l’immense majorité des citoyens, témoignent ainsi, s’il en était encore besoin, d’une certaine myopie, voire d’un certain autisme de leur part, alors qu’il n’est de secret pour personne que les Sénégalais sont fatigués des combinatione d’état-major, des calculs politiques et du clientélisme.

La plateforme « Fippu-Alternative Citoyenne » a réitéré à maintes reprises un Appel à la constitution d’un vaste rassemblement autour d’une candidature plurielle très limitée de l’opposition, à défaut d’une candidature unique. Aujourd’hui, en dépit du fait que certains candidats ont déjà déposé leur caution à la Caisse des Dépôts et Consignations et leurs fiches de parrainage au Conseil Constitutionnel, cet appel a toujours, à notre humble avis, sa raison d’être. Il faudrait que les autres candidats déclarés, qui n’ont pas encore eu le temps de le faire, puissent se convaincre de la nécessité de mettre à profit le délai restant à courir d’ici le 26 décembre prochain, pour se concerter et s’entendre sur la personne d’un seul candidat, autour d’un projet commun s’inspirant largement des conclusions des Assises nationales et des recommandations de la CNRI.

A défaut, il devrait s’agir pour ces potentiels candidats d’identifier et de rejoindre rapidement, parmi les acteurs ayant déjà déposé leur candidature, les trois ou quatre candidats dont les projets présentent ces caractéristiques novatrices, ambitieuses et généreuses pour le devenir du pays.

Une telle candidature plurielle limitée est le seul moyen de gagner la prochaine élection, de redresser ensemble notre pays et de l’installer sur le chemin du progrès.