Election présidentielle, 2019 équations !

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A quelques 73 jours de l’élection présidentielle, la tension monte sur le plan politique. L’imbroglio et la violence notée lors de l’ouverture des dépôts de parrainages augurent des lendemains très difficiles pour ce qui concerne la quiétude et la stabilité sociales.

2019 équations que le conseil constitutionnel devra tenter de résoudre sans parti pris. Il n’est point besoin d’être expert pour se rendre compte de l’évidence : les prémices d’une élection sous tension. Déjà, lors du dépôt des parrainages, l’on note un regain de violence et d’absence de maîtrise de la part de ceux qui aspirent à diriger le pays. L’équation du contrôle des parrainages qui sera sanctionné par la validation de certaines candidatures au détriment des autres semble impossible à résoudre. Si les 12 partis ou coalitions de partis ayant déjà déposé ont tous réunis 60 000 signatures, en attendant les autres, il va de soi que le conseil constitutionnel fera face à un vrai casse-tête. Les moyens humains et logistiques dont ils disposeraient pour la vérification des signatures et de possibles doubles parrainages laissent toujours les observateurs perplexes.

2019 équations se profilent à l’horizon de l’élection de Février à venir. Les protagonistes, dopés par leurs nombres importants de parrains, se mettent déjà dans la peau de candidats et tiennent des manifestations politiques à tout va pour montrer leur force de frappe. Est ainsi perceptible un parfum de campagne électoral avant l’heure, avant même la période pré-campagne, où il est interdit par la loi de tenir des manifestations politiques. Le parrainage aura été ainsi une aubaine pour les politiques et futurs candidats, les favoris et les outsiders, de se faire entendre et jauger leur popularité. C’est un genre de légitimation des ambitions, une sorte de primaires, comme cela se fait aux Etats-Unis ou en France, pour ceux qui veulent se présenter à l’élection présidentielle.

2019 équations naissent naturellement  des sondages « imaginaires » qui tantôt donnent le pouvoir vainqueur tantôt l’opposition. Au chapitre des investitures, les forces se dévoilent et légitimement se réclament la majorité des voix. Mais on est encore loin des joutes, et en politique, tout peut advenir en l’espace d’un laps de temps. Quelques forces qu’ils puissent avoir, l’opposition et la mouvance présidentielle vont devoir attendre la décision des aphones, cette majorité silencieuse qui ne se fait entendre qu’une fois par cinq ans. Ceux-là ne sont d’aucune chapelle politique et d’eux dépendent la déchéance des uns et l’ascension des autres.

Qu’à cela ne tienne, Bennoo Bokk Yaakaar et le président Macky Sall ont réussi le pari de la mobilisation lors de leur investiture à Dakar Aréna, le 1er décembre 2018. Dans une cérémonie solennelle et riche en couleur, comme d’ailleurs avec tout président au pouvoir de par les moyens financiers pour mobiliser les partisans, la foule a ragaillardi le pouvoir et son candidat qui s’exultaient devant une audience acquise à leur cause. Tout aussi important, le meeting à Thiès du candidat de PASTEF, a été la preuve par neuf que le pouvoir devra compter avec le jeune Ousmane Sonko dont l’histoire a aujourd’hui dépassé les frontières de sa région natale. A Paris et dans la diaspora, l’ancien inspecteur des impôts a ratissé large pour démultiplier ses chances de remporter l’élection présidentielle.

2019 équations ! Il faut oser souligner que dans le registre des investitures, celle qui a le plus charmé les observateurs de par le nombre des militants reste la manifestation du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR). En vérité, le parti qui soutient la candidature du professeur Issa Sall a tout simplement rappelé qu’il demeure une force grandissante et qui peut aspirer à diriger ce pays. S’il était en quête de légitimité, le professeur Issa Sall l’a finalement obtenu et de la plus belle des manières. Une mobilisation comme celle du PUR (un parti et non une coalition) est rare à trouver de nos jours surtout pour une formation de l’opposition qui a repris service « nouvellement ».

Compte tenu de ces démonstrations de colère, d’intolérance entre acteurs, de méfiance et de forces, il y a fort à parier que l’élection de 2019 ne sera pas de tout repos. Le bazar s’installe progressivement dans la manière de faire des têtes de listes et leurs proches, dans leurs discours. La passion fausse le débat et dans cette mêlée générale, on ne peut point rêver de débats économiques enrichissants basés sur des arguments et contre-arguments solides mais courtois. L’échéance de 2019 sera rude surtout si l’on sait que certains leaders comme Idrissa Seck jouent leur va-tout et par conséquent seront amenés à faire face à tout comportement mal-à-propos du pouvoir si cela devait compromettre leurs chances de gagner. Les équations de Khalifa Sall et de Karim Wade ne sont pas les moins complexes. Pour Karim, son retour programmé depuis belle lurette pourra réveiller les démons de la division s’il venait à se réaliser. Le pouvoir s’y oppose et reste intransigeant. Pour Khalifa, le verdict prochain de la Cour Suprême qui pourrait confirmer sa condamnation et partant sa disqualification en tant que candidat annonce un front politique bouillonnant. Hormis ces deux têtes que le pouvoir s’entête à éliminer, il faut aussi avoir une pensée à ces trouble-fêtes, ces quidams que la mouvance présidentielle parfois considère comme du « nyama-nyama », de la pure pacotille.