«MON CHEMIN VERS WALF, c’est Latif Guéye qui l’a guidé.

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«MON CHEMIN VERS WALF, c’est Latif Guéye qui l’a guidé. On se connaissait déjà. La première fois que je l’ai vu avec Sidy Lamine, il accompagnait ce dernier au journal « Takusaan ». C’était en 1983. J’y étais reporter. Sidy était porteur d’une contribution sur « L’Etat islamique au Sénégal », qui, plus tard, servira de trame à son premier ouvrage. Latif avait fait les présentations. En août 1983, Latif et moi voyagieons ensemble sur Freetown (Sierra Leone), invités à une conférence sur le Pèlerinage à La Mecque, organisée par l’Iran. Sidy, qui y participe, me fait part de son projet de création de journal. Latif était dans le secret. Dans la même chambre d’hôtel qu’on partageait, il me parlera de Sidy en bien, à travers le militant de l’Islam, l’homme de foi et de cœur. De quoi déconstruire plein de préjugés sur le personnage. Le Sénégal de l’époque, dans la ferveur de la révolution iranienne de 1979, avec l’arrivée au pouvoir de l’Ayatollah Khomeyni, vivait un fort militantisme islamiste. Sidy Lamine Niasse sortait de prison, suite à une condamnation liée à ces activités. Il y avait de la méfiance politique à l’endroit des ‘barbus’, dont le courant religieux commençait à gagner les cercles intellectuels. Latif Guéye s’y était immergé. Le nom de JAMRA que portent son Ong et son journal, les combats qu’il a menés dans ces cadres, traduisent l’empreinte de cette époque qui les a vus naître. Nos nuits sierra-léonaises étaient riches en discussions politiques. Dans ses nouvelles orientations, il ne voyait que complémentarité de son évolution politique.

LA NAISSANCE, les premiers mois du journal WALFADJRI, Latif Guéye les a portés sur ses épaules avec Sidy Lamine Niasse, de janvier à juin 1984. Sur les raisons qui ont motivé son départ de Walf, Latif n’a pas voulu s’expliquer à l’époque. Parti le voir au domicile familial, à la Sicap Fann-Hock, avec Abdourahmane Camara, l’insistance n’y fera rien : « ce qui s’est passé entre Sidy et moi, disait-il, ne mérite pas une médiation. Il y a une mésentente, mais on ne se tourne pas le dos », avait-il confié en substance.

«VENU À WALF par l’entremise de Latif Guéye, il me paraissait malséant de continuer à y servir après son départ. Il nous avait suppliés de rester. « Sidy a besoin de votre appui », disait-il. Au-delà de sa personne, il estimait que l’aventure de WALFADJRI devrait continuer. Elle continue encore. Tout comme entre Sidy et lui, le regard de l’un a toujours plongé dans celui de l’autre dans leurs moments de rencontre dont j’ai pu être témoin, et leurs poignées de main sont demeurées fraternelles. Latif avait raison : ils s’étaient séparés, mais ne s’étaient jamais tournés le dos.

«JE L’AI CONNU MILITANT DU RND de Cheikh Anta Diop, Latif Guéye, avant qu’il ne rejoigne le Plp de feu Me Babacar Niang, en 1983. Il était membre de la troupe culturelle de cette formation politique (Rnd) alors clandestine, qui effectuaient des tournées dans les quartiers populaires pour des animations, à travers des séances de chorégraphies, poèmes et théâtre militant ponctués de débats. Avant qu’il ne prenne son propre chemin (qui devait le mener plus tard vers le leader du Pds, Me Abdoulaye Wade).

«DANS LE CONTEXTE POLITIQUE de la fin des années 1970, où la gauche clandestine faisait l’objet d’une répression policière, l’exercice relevait d’une certaine audace politique. C’était l’occasion pour dénoncer le pouvoir néocolonial de Senghor, flétrir l’emprise de la France sur l’Etat du Sénégal, avec des conseillers français « maîtres du Palais de la République » (Bonamy, Cheramy, etc.), chanter la grandeur des Aline Sitoe Diatta, Lamine Senghor et autres, évoquer la mémoire des martyrs du mouvement étudiant sénégalais. La culture participait à la formation politique et on apprenait une autre histoire du Sénégal.

LE JOURNALISME, Latif l’a aussi embrassé par la voie militante à travers « Siggi » (devenu « Taxaw »), le journal du Rnd. Il y a écrit, mais a aussi vendu ce journal de maison à maison ou aux feux de signalisation. Sa passion journalistique se poursuivra à travers JAMRA, avant le lancement de WALFADJRI, dont Latif Guéye a été le PREMIER RÉDACTEUR EN CHEF. Reporter à « Takusaan », l’organe du Pds, en janvier 1984, j’étais parti visiter le journal dont le premier numéro venait de paraître. Je les croise sur le pas de la porte, Sidy et lui, alors qu’ils partaient pour l’imprimerie. Latif remonte, m’installe dans son bureau, exige un article et s’en va. Il portera sur le rallye Paris-Dakar. Autant que Sidy Lamine, Latif Guéye croyait fort que ce journal, WALFADJRI, irait loin. De bimensuel, il est passé à hebdomadaire, avant de devenir quotidien. Une radio a suivi, d’autres titres sont nés, une chaîne de télévision est venue agrandir le groupe.

«SUITE AU DÉCÈS de Abdou Latif Guéye, le 6 avril 2008, c’est un pilier de Walfadjri qui s’effondrait. Devant un édifice debout, on ne voit que la magnificence des murs. Les fondations grâce auxquelles il tient échappent au regard, enfouies dans le sol. C’est à ce niveau que Latif Guéye a contribué à la construction de Walf. Il n’a semé que pendant six mois, mais vingt-cinq ans après, les récoltes continuent. Son rêve est sans doute exaucé : l’œuvre lui survit. Le malheur, c’est qu’il soit parti si tôt. Parti avec l’aurore, cet Aurore qu’il a contribué à faire naître à travers Wal Fadjri» !
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■ CE TÉMOIGNAGE POIGNANT, qu’avait publié le rédacteur en chef de Walf-Quotidien, Tidiane Kassé, au lendemain du décès accidentel de Abdou Latif Guéye, le 06 avril 2008, est plus que jamais d’actualité avec le rappel à Dieu, ce 04 décembre 2018, de son ami et frère de toujours Sidy Lamine Niasse, que la Grande Faucheuse vient d’arracher à notre affection. Que la MISÉRICORDE D’ALLAH les réunisse à nouveau, au Sommet de Janatul Firdaws !